Organismes modèles
Les ribosomes sont les machines moléculaires qui traduisent les ARN messagers en protéines. Des mutations de leurs composants sont fréquemment retrouvées dans de nombreux cancers, sans que leur rôle dans le développement tumoral soit clairement établi. Célia Plisson-Chastang, son équipe Anaïs Astier, Paulo E. Santo, Dana Rinaldi, Laura Plassart, Simon Lebaron et Clément Chapat (MCD-CBI) et ses collaborateurs et collaboratrices révèlent comment des mutations d’une protéine ribosomique associées à la leucémie lymphoïde chronique (LLC) perturbent le fonctionnement de la cellule.
Grâce à une approche « multi-omique », les scientifiques se sont aperçus que les mutations de la protéine ribosomique Rps15, fréquemment associées à des cas de LLC, menaient à une altération importante de l’efficacité de la traduction.
En outre, la caractérisation structurale par cryo-EM et l’analyse de particules isolées montrent que les mutations de Rps15 déstabilisent la structure de la protéine au sein du ribosome, comme si une pièce essentielle de la machine ribosome était mal fixée. Conséquence : les ribosomes mutants « hésitent » ou « bégaient » sur certaines séquences du code génétique, ce qui perturbe la production de protéines spécifiques. Cette étude révèle que les ribosomes mutants ne se contentent pas de mal fonctionner, mais qu’ils modifient aussi la nature des gènes qui sont exprimés, ce qui conduit à un changement du destin des cellules.
Ces travaux ouvrent une nouvelle piste pour comprendre comment des anomalies dans la « chaîne de production » des protéines peuvent déclencher ou aggraver des cancers. Ils suggèrent aussi que cibler spécifiquement les ribosomes mutants (ou les protéines dont la production est altérée) pourrait offrir de nouvelles stratégies thérapeutiques
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